Aller au contenu
Communauté Catholique Francophone de Hong Kong

3 septembre 2026 · Père Rémy Kurowski

2026 Août 30 homélie Renoncer à soi-même

2026 Août 30 homélie Renoncer à soi-même

Il y a deux semaines j’ai passé une soirée à Las Vegas, une ville au milieu du désert de Mojave. Le flot de touristes dans les rues conduisant aux casinos sous le regard bienveillant de la Tour Eiffel, version locale. Par deux fois nous avons croisé des prédicateurs solitaires qui déversent des paroles de malédictions sur les foulent qui n’en avaient que faire.

Dans la première lecture, le prophète Jérémie se lamante en constatant qu’il doit crier, qu’il doit proclamer : “Violence et dévastation”. Alors que cela ne produit aucun effet, bien au contraire, cela le décourage et rend apathique. Mais il ne peut pas ne pas le faire: sa mission, dit-il “Je m’épuise à la maîtriser, sans y réussir”.

Sont connues les Lamentations de Jérémie, que dans le contexte sortie de la bible, l’on appelle aussi les jérémiades pour signifier les plaintes à outrances de quelqu’un qui se plaint sans cesse. Il est certain que dans le contexte biblique la Parole biblique peut attirer l’insulte (l’ignorance en est une forme).

Toutes les lectures d’aujourd’hui nous placent face à notre vie. Le travail, les vacances, les rencontres, les découvertes, les réussites etc. Chacun court après son destin, personne ne veut se perdre. Mais s’y perdre, il y a mille façons. Pour l’éviter, il n’y a qu’une seule, tout tient au renoncement à soi-même. C’est bien à contre-courant de toute vie sociale.

La semaine dernière, Pierre a été gratifié par Jésus d’une immense mission, celle d’être la fondation de l’Eglise vivant de la vie du Christ. Aujourd’hui il est qualifié de satan. Quel revirement de situation. Pourtant c’est le même Pierre. Hier Pierre voyait juste en proclamant Jésus comme Messie, aujourd’hui il se fourvoie dans des calculs humains.

L’Evangile nous place face à notre vie avec ce qui nous plait et ce qui ne nous plait pas, y compris notre finitude. Pierre nous représente tous. Il s’insurge contre l’idée que son maître puisse mal finir. Mais il n’entend pas la fin de la prophétie de Jésus sur lui-même et donc la nôtre: “Le troisième jour il ressuscitera”.

Pierre se prend pour le prophète de bonheur, alors que Jésus lui semble être le prophète de malheur. Alors que Jérémie est un prophète malheureux, mais pas de malheur.

A Las Vegas, les prédicateurs avertissant de la colère divine devraient parler de malheurs en vue de la conversion. Jérémie n’était pas à Las Vegas, il ne voulait même pas prophétiser.

Moi, j’y étais en observant les gens au milieu d’une ville artificielle, au milieu du désert, un anti-oasis de l’humanité.

Nous avons plein de tels anti-oasis ou on croit sauver sa vie, mais seul est le chemin menant à la vraie vie, celui qui se dessine derrière le Christ mort et ressuscité. Amen