
Retour sur les journées pastorales des Communautés Catholiques Francophones dans le Monde à Barcelone – octobre 2026
Du 30 septembre au 4 octobre, Barcelone a accueilli les Journées pastorales des Communautés Catholiques Francophones dans le Monde (CCFM). Autour d’un thème simple et exigeant, « Bâtir une communauté ». Des prêtres, des aumôniers, et des laïcs venus des quatre coins du monde se sont retrouvés pour partager des enseignements, échanger leurs expériences et prier ensemble.
J’ai eu la grande joie d’y représenter notre communauté aux côtés du père Rémy, aumônier de la CCFHK mais également coordinateur des CCF d’Asie.
Je dois avouer que je pensais partir pour apprendre et m’enrichir de l’expérience des autres. En réalité, je suis revenue émerveillée ; la conscience renouvelée du don immense qui nous a été fait à Hong Kong assortie d’un profond sentiment de gratitude.
Au cours des différents témoignages et ateliers, une évidence s’est dévoilée : ce que nous vivons à la CCF de Hong Kong n’a rien ni d’ordinaire et encore moins de naturel.
À Séville, une communauté naissante compte trois membres. Trois personnes qui avancent dans la foi, avec une détermination qui m’a profondément touchée. Ailleurs, en Malaysie et en Suède notamment, les communautés peinent à se structurer et cherchent encore comment se réunir en tant que catholiques francophones, trouver un prêtre pour célébrer la messe ou permettre aux fidèles de recevoir les sacrements.
Et nous ? Comment ne pas se sentir un peu décalés face à ces réalités ? A Hong Kong, nous vivons une situation tellement différente. Depuis quinze ans, nous pouvons compter sur le même aumônier, le père Remy. Quinze ans de fidélité, de disponibilité, de présence, d’écoute et d’engagement au service des catholiques francophones de Hong Kong. Là ou d’autres cherchent encore un prêtre et attendent ; à Hong Kong, le soutien spirituel et organisationnel n’a jamais cessé. C’est grâce à cette présence continue et cette constance endurante, celle d’un aumônier tenant le cap et s’ajustant sans cesse, que notre communauté s’est construite, année après année, et a su grandir et perdurer.
Mais le père Remy n’a pas seulement été présent : il a bâti. Avec le soutien des équipes laïques successives, il a œuvré à édifier une structure stable, pensée pour que chacun trouve sa place, quel que soit son âge ou parcours, expatrié de longue date ou nouvel arrivant. Des services pour les petits, les jeunes, les adultes, et les familles portés par des laïcs aux profils et aux talents multiples, engagés et actifs : autant de visages et contributions qui font la richesse de la CCFHK.
Hélas, à force de les vivre au quotidien, nous finissions tous par trouver tout cela naturel. Et pourtant ! Nous oublions combien le Seigneur nous comble. Ainsi, faut-il parfois sortir de chez soi pour mesurer la beauté de sa propre maison. C’est précisément ce que ces journées m’ont permis de réaliser. A travers le regard des autres communautés, l’évidence était frappante : ce que nous vivons à la CCFHK est d’une valeur inestimable, et ce que nous recevons d’une richesse précieuse. Malheureusement nous ne savons plus l’apprécier trop familiers de ce quotidien. Loin de toute autosatisfaction c’est donc avec reconnaissance et gratitude qu’il nous faut accueillir ces dons et grâces qui nous dépassent, car ce qui nous semble acquis est, pour beaucoup d’autres communautés, une espérance encore lointaine.
Le point d’orgue fut la messe francophone célébrée à la Sagrada Família, en présence d’environ 2 000 français issus de 17 CCF du monde entier. Difficile d’imaginer un lieu plus évocateur pour conclure ces journées consacrées à la construction de nos communautés et pour vivre tous ensemble un temps de communion et de fraternité ! L’Esprit saint s’était, semble-t-il, organisé !
Quel meilleur guide que Gaudí pour illustrer le thème de nos journées ? Cet architecte de génie qui a consacré une grande partie de sa vie à la Sagrada Família, savait que cette œuvre monumentale le dépasserait et qu’il n’en verrait certainement pas l’achèvement. Sans aucun doute, avait-il compris qu’une œuvre véritablement grande ne se mesure pas seulement à ce qu’un homme peut accomplir de son vivant, mais aussi à ce qu’il transmet et permet aux générations suivantes de poursuivre.
N’est-ce pas au fond l’image même de nos communautés ? Chacun apporte sa pierre, avec ses talents, ses limites, sa disponibilité. Certains posent les fondations, d’autres élèvent les murs, d’autres ouvrent de nouveaux chemins. Nous ne verrons peut-être jamais l’œuvre achevée, mais nous avons la joie de la faire grandir.
Car bâtir une communauté, ce n’est pas organiser des activités ni aligner des services. C’est faire grandir une maison vivante, accueillante et fraternelle, dont le Christ demeure la pierre angulaire.
« Accueillez-les comme ils sont ! ». Ces quelques mots, véritable motto de la communauté de Barcelone, disent beaucoup de ce que signifie « faire communauté ». Nous les avons vécus concrètement dans la chaleur de l’accueil barcelonais, jusque dans le partage d’une paella traditionnelle, autour de laquelle nous avons chanté à l’unisson les grands classiques de la chanson française. Un moment tout simple, qui rappelait que la fraternité se nourrit de rencontres, de rires, et de repas partagés.
De la salle de réunion à la Sagrada Familia, le message était clair : nous ne bâtissons jamais seuls. Ni sans les talents de chacun au sein de notre communauté, ni sans cette Église immense qui dépasse nos frontières. Chaque communauté catholique francophone, solide ou naissante, est une pièce de la grande maison de l’Église universelle. Nous avons tant à apprendre les uns des autres. Les communautés les plus établies peuvent transmettre leur expérience ; les communautés naissantes nous rappellent la force de la persévérance, la beauté des commencements et la nécessité de revenir à l’essentiel.
À Barcelone, j’ai ainsi fait l’expérience concrète de ce à quoi l’Église de demain est plus que jamais appelée : tisser des liens au-delà des frontières, se savoir appartenir au même Corps et avancer ensemble dans la diversité de nos réalités.
Puissions-nous, à la CCFHK, nous engager toujours davantage sur ce chemin de l’ouverture, en allant à la rencontre d’autres communautés et des différentes autres cultures qu’Hong Kong nous offre de côtoyer chaque jour. Car si une langue commune et des repères culturels partagés sont de précieux atouts pour « faire communauté », prenons garde à ce qu’ils ne deviennent pas des murs invisibles qui nous enferment dans l’entre-soi.
Continuons donc de rendre grâce pour ce que nous avons reçu et continuons de recevoir, et laissons cette gratitude nous mettre en mouvement, nous ouvrir aux autres et nous donner l’élan de continuer de construire ensemble.
Les bâtisseurs de Barcelone nous l’ont montré : une maison ne reste vivante que si ses portes restent ouvertes et si chacun peut y trouver sa place avec la certitude d’y être attendu.

